« Aujourd’hui la consultation s’est bien passée : j’ai beaucoup discuté avec mon médecin et cela m’a fait beaucoup de bien »

Fatoumata* vivait paisiblement avec sa mère et sa petite sœur dans la ville de Ziguinchor au sud du Sénégal où elle prenait soin de sa mère malade jusqu’au jour où leur sœur aînée avait d'autres plans pour elles.

Sa sœur, qui vivait en Suède, décida d’amener Fatoumata et leur autre sœur afin d’y poursuivre leurs études. Enthousiastes à l’idée de continuer leur scolarité à l’étranger, les deux sœurs effectuèrent le voyage vers la Suède en décembre 2019 par voie régulière. Âgée de 26 ans, Fatoumata devait normalement passer l’examen de fin d’étude moyenne.

La sœur ainée de Fatoumata était divorcée et avait la garde de trois enfants issus de son mariage. Après son divorce, elle fut hébergée par un homme Suédois. La maison était très petite et rendait l’hébergement peu convenable. La petite sœur de Fatoumata partageait une chambre avec sa nièce et dormait à même le sol. Fatoumata n’avait pas de chambre et disposait uniquement du couloir menant aux toilettes de la maison pour dormir. Elle dormait mal et se réveillait très tôt à cause des nombreux va-et-vient. Alors que ce n’était pas prévu avant leur arrivée, on lui imposa de s’occuper de ses nièces et des tâches ménagères. Elle les amenait à et ramenait de l’école et s’occupait également du linge, restant ainsi des journées entières à plier et à ranger des habits jusqu’à ressentir des douleurs physiques.

Un mois après leur départ du Sénégal, les deux sœurs n’étaient toujours pas réinscrites à l’école. A chaque fois qu’elles évoquaient le sujet, leur grande sœur s’énervait. En effet, sa grande sœur aurait dû notifier leur arrivée sur le sol suédois aux autorités au cours de la première semaine. Au fur et à mesure que le temps passait, l’inquiétude de Fatoumata augmentait, car à chaque relance concernant leur inscription scolaire, les hostilités devinrent encore plus intenses.

Un autre mois plus tard, leur mère succomba de sa maladie. Seule la grande sœur de Fatoumata pu se déplacer au Sénégal pour ses funérailles. C’est après le décès de leur mère que les hostilités commencèrent véritablement. L’hôte traitait Fatoumata de criminelle, car maintenant, celle-ci se trouvait dans une situation d’irrégularité, n’ayant toujours pas de papiers officiels. L’inquiétude de Fatoumata augmentait. Une nuit, sa sœur la réveilla : « je vous ai amené ici à cause de notre mère, maintenant qu’elle est décédée, je n’ai plus aucune obligation envers toi et ta sœur ». En plus du chagrin du décès de sa mère des menaces répétitives qu’elle endurait, Fatoumata se sentait dévastée de ne pouvoir rien faire pour aider sa petite sœur qui souffrait également des sévices infligés.

En décembre 2020, un an après leur arrivée en Suède, sa grande sœur mit en exécution ses menaces. Elle appela la police pour les expulser définitivement en pleine nuit. « Il faisait terriblement froid dehors, » se souvient Fatoumata. « Nous avons été aidés par un couple qui nous ont orienté vers un centre pour femmes. » Les deux sœurs furent soulagées par l’accueil chaleureux. Le centre mit en rapport Fatoumata avec l’OIM Suède pour faciliter son retour tandis que sa petite sœur préféra rester en Suède plutôt que de retourner au Sénégal sans ressources.

Fatoumata retourna au Sénégal en mars 2021 dans le cadre de l’initiative conjointe UE-OIM pour la protection et la réintégration des migrants, et elle bénéficia d’un ensemble de service pour sa réinsertion psychosociale, sociale et économique, à savoir un logement pendant six mois, de liquidités mensuelles ainsi qu’un kit d’installation.

Elle lança deux commerces, un d’élevage de poussin et de vente de poulet et une boutique de produits cosmétiques ; malheureusement, aucune des entreprises n'a réussi et Fatoumata se retrouva sans ressources, ses espoirs perdus. Elle avait du mal à assurer les trois repas quotidiens. Son état psychique se trouva affecté et se mettait à pleurer à chaque fois qu’elle racontait sa vie actuelle. L’OIM l’orienta et accompagna vers un suivi psychosocial. Les débuts avec le spécialiste n’étaient pas faciles, elle se repliait sur elle-même et ne voulait pas échanger avec le médecin. Mais elle est revenue avec de meilleures sentiments et a commencé à apprécier les consultations. « Aujourd’hui la consultation s’est bien passée : j’ai beaucoup discuté avec mon médecin, j’ai beaucoup rigolé et cela m’a fait beaucoup de bien ».

L’OIM appuya Fatoumata dans le souci d’une réintégration durable. Elle fut orientée vers un partenaire pour un renforcement de capacité en aviculture, où elle obtenu la meilleure note de la promotion. Elle est maintenant enrôlée dans un nouveau projet de l’OIM où elle va travailler avec d’autres migrants dans des activités de « cash for work ». Elle va bénéficier dans ce projet d’une formation en entreprenariat et aura une subvention pour se lancer dans une activité génératrice de revenu.

* Le prénom a été changé pour protéger l’identité de la jeune dame.